Paris, France -A partir d’une étude sur le traitement de l’HTA, menée sur l’échantillon permanent des assurés sociaux, la CnamTS met en évidence des évolutions de l’importance de la population traitée, de l’intensité des traitements, et enfin des coûts.
En présentant ces résultats lors des 27e Journées de l’Hypertension (Paris, 13-14 décembre 2007), le Dr Philippe Ricordeau (Cnam) a tenu à souligner que pour l’Assurance maladie, « l’augmentation du nombre de patients traités est une bonne chose : mise en rapport avec les AVC et les insuffisances rénales évités, les coûts de traitement se justifient pleinement. Ceci ne change toutefois rien à la nécessité de s’interroger systématiquement sur le rapport coût/efficacité des prescriptions. »[1]
De 2000 à 2006, les recommandations en matière d’HTA ont évolué : les associations thérapeutiques sont dorénavant recommandées pour atteindre effectivement les seuils tensionnels, et ces seuils eux-mêmes ont été abaissés à 130/80 mm Hg chez les sujets présentant d’autres facteurs de risque cardiovasculaire (maladie vasculaire ou rénale établie, diabète, syndrome métabolique, atteinte infraclinique d’un organe cible, etc.).
Par ailleurs, la population a vieilli, tandis que la prévalence des facteurs de risque comme l’obésité ou le diabète a augmenté. Ces évolutions expliquent l’augmentation du nombre de sujets traités pour HTA, qui est passé de 8,6 millions de personnes en 2000, à 10,5 millions en 2006, soit une augmentation de 22,4 %, au rythme annuel de 3,4 % en moyenne. On note que dans cette augmentation, la part revenant au vieillissement de la population est de 0,9 %. On note également que par rapport à la prévalence de l’HTA dans le monde, estimée globalement à 26,4 % en 2000, la France (19,6 % en 2000) se situe dans une position médiane, entre des prévalences de 15-20 % en Asie, et pouvant aller jusqu’à 35-40 % dans les pays de l’ex-URSS ou en Amérique latine.
Prévalence de l’HTA traitée en France métropolitaine en 2000, 2003 et 2006 (en %)

Montée en puissance des associations médicamenteuses
En ce qui concerne les modalités de traitement, les dernières années ont été marquées par un renforcement des thérapies, avec un recours de plus en plus fréquent aux associations médicamenteuses et une montée en puissance des sartans.
Modalités de traitement de l’HTA en France métropolitaine en 2000, 2003 et 2006 (en %)

Outre le traitement de l’HTA proprement dite, les dernières recommandations européennes soulignent l’importance d’une prise en charge du risque cardiovasculaire global [2]. On retrouve donc, sur la période 2000-2006, une augmentation du nombre de patients traités par antidiabétiques (13,9 % - 17,2 %), par hypolipémiants (36,2 % - 44,8 % ; dont 22 % - 33,7 % par statines), et par antiagrégants plaquettaires (24,7 % - 28,5 %). L’évolution constante de ces chiffres de 2000 à 2005, semble toutefois se ralentir entre 2005 et 2006.
Une augmentation des coûts limitée par la percée des génériques
En terme de coût, enfin, l’augmentation attendue est effectivement retrouvée, avec un prix de traitement annuel de l’HTA qui passe de 190 euros environ par patient en 2000, à 220 euros en 2006, le coût du traitement de l’HTA et du risque cardiovasculaire global passant, lui, de 306 euros à 420 euros.
Coûts en euros des différents traitements des patients hypertendus en 2000, 2003, 2005 et 2006

La donnée importante est évidemment la stabilisation du coût moyen de traitement global par patient de 2005 à 2006, et la diminution du coût du traitement de l’HTA et de l’hyperlipidémie. Pour la CnamTS, ces résultats s’expliquent par « la progression importante, en 2006, de la pénétration des génériques pour certains antihypertenseurs et certaines statines. Cette progression s’est soldée par une économie de l’ordre de 70 millions d’euros. Il est donc clair que pour l’Assurance maladie, l’enjeu est une utilisation plus large des génériques. Pour le Dr Ricordeau, « les traitements les plus coûteux doivent être réservés en priorité aux patients les plus difficiles à contrôler. »
Baisse de mortalité cardiovasculaire
Entre 2000 et 2004, une diminution de l’ordre de 15 % de la mortalité cardiovasculaire a été enregistrée en France, comme dans les autres pays industrialisés. Depuis le début des années 80, la diminution atteindrait 50 %. Les évolutions du nombre de patients traités, de l’intensité et de la précocité des traitements seraient responsables d’environ 50 % de cette évolution favorable, les 50 % restant étant liés, eux, aux changements de mode de vie (alimentation, sédentarité, tabagisme, alcoolisme, etc.) constatés dans les populations convenablement prises en charge [3].
Sources
1. Samson S, Ricordeau P, Pepin S et coll. Hypertension artérielle et facteurs de risque associés : évolution des traitements de 2000 à 2006. Points de repère. Octobre 2007, n° 10. www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/pt_repere_10.pdf. Présenté lors de la session "hot lines" des 27es Journées de l’Hypertension organisées par la Société Française d’HTA (Paris, 13-14 décembre 2007). 2. The task force for the management of arterial hypertension of the European Society of Hypertension and of the European Society of Cardiology. Guidelines for the management of arterial hypertension. Hypertens 2007 ;25:1105-87. 3. Ford ES, Ajani UA, Croft JB et coll. Explaining the decrease in US death from coronary disease, 1980-2000. N Engl J Med 2007 ;356(23):2388-98.