Le froid augmente de 5 mm Hg la PA des seniors
2 février 2009 :
Paris, France - Selon l’étude des trois cités (3C) menée par l’équipe d’Annick Alpérovitch (INSERM U708, Paris), la température extérieure fait varier la pression artérielle des personnes de plus de 65 ans. [1] Le froid fait augmenter la pression artérielle des sujets âgés alors que la chaleur la fait diminuer. Les auteurs pointent une différence de 8 mm entre les deux extrêmes de température.
Corollaire : un suivi de la pression artérielle et la modulation du traitement pour réduire les conséquences de ces variations tensionnelles en cas de température extrême.
Des variations saisonnières de la pression artérielle ont été décrites chez les hypertendus et les normotendus. Peu d’études ont scruté ces variations de la pression artérielle chez les sujets âgés. Ce travail a ainsi examiné l’association entre la pression artérielle et la température chez 8801 sujets de plus de 65 ans recrutés dans l’étude longitudinale 3C (Bordeaux, Dijon, Montpellier). La pression artérielle était mesurée ponctuellement en consultation à l’inclusion et durant les deux années du suivi. La température extérieure était celle relevée à 11 h par les services locaux de météorologie.
Résultat : les pressions artérielles systoliques (PAS) et diastoliques (PAD) varient significativement au cours des saisons et selon les quintiles de distribution de température extérieure. La PAS augmente lorsque la température baisse avec une différence de 8 mm Hg entre le quintile supérieur (supérieur ou égal à 21,2 degrés C) et inférieur de température (< 7,9 degrés C).
La PAS moyenne accusait une différence de 5 mm Hg entre la période hivernale et estivale. Une pression artérielle systolique de plus de 160 mm Hg ou une PAD de plus de 95 mm Hg était détectée chez 33,4 % des participants en hiver contre 23,8 % pendant l’été.
Les différences intra-individuelles entre les suivis et l’examen initial étaient fortement corrélées avec les variations de température. Les changements étaient plus marqués chez les sujets de plus de 80 ans. L’étude MRC montrait déjà que chez les hypertendus modérés, les variations tensionnelles en fonction de la température étaient de plus grande amplitude chez les patients de 55 à 64 ans que chez les patients de 35 à 54 ans.
Un effet rémanent
Comme explication, les auteurs évoquent une sécrétion accrue de catécholamines par temps froid mais la faible variation de la fréquence cardiaque semble s’inscrire en faux contre cette hypothèse. De plus, la neutralité d’un traitement par bêtabloquant sur la variation saisonnière est un argument supplémentaire.
Il est également possible que des mécanismes de vasodilatation dépendant de l’endothélium soient en cause. Les auteurs insistent sur l’effet rémanent de ces changements tensionnels. La prise de pression artérielle se faisait le plus souvent dans des pièces à 20 degrés en hiver comme en été, chez des patients passant plus de 12 heures à l’intérieur.
« Cela suggère que la température intérieure dans son amplitude normale a une influence limitée sur la pression artérielle » écrivent-ils. Bien que la relation de causalité ne soit pas établie, l’équipe d’Annick Alpérovitch dégage plusieurs conséquences pratiques sur la prise en charge de l’HTA. La hausse de pression artérielle hivernale contribue probablement aux variations saisonnières des accidents aigus (IDM, rupture d’anévrysme et AVC).
Les variations de PA sont plus amples chez les octogénaires. D’où l’importance du suivi régulier de la PA, non seulement en hiver mais aussi en été. À cet égard, les auteurs signalent qu’au cours de la canicule de 2003, la baisse de la PAS était plus forte qu’en août 2004 (132 vs 138 mm Hg). Ils concluent : « Comme la réduction de la pression artérielle peut être un facteur de risque de mortalité chez les personnes en hyperthermie environnementale, la prise en charge de la PA chez la personne âgée est importante dans ces conditions extrêmes ».
Différence de PA individuelle à l’inclusion et durant le suivi selon les variations de température extérieure*
Côté limites, l’IMC ou la consommation d’alcool selon la saison pourraient être des facteurs de confusion mais l’équipe ne retrouve pas de différence saisonnière sur ces deux items. L’exercice physique pourrait également jouer mais c’est très improbable chez les plus de 80 ans.
Le rôle de la vitamine D
En s’exprimant pour la Société Européenne de Cardiologie, le Pr Frank Ruschitzka (University Hospital, Zurich, Suisse) indique que l’étude réaffirme la place prédominante des personnes âgées en tant que groupe cible pour la surveillance régulière de la PA, et ce, tout au long de l’année. Pour ce spécialiste, le lien entre vitamine D et pression artérielle pourrait aussi être une explication au résultat de cette étude.
Les patients âgés surtout en institution sont à risque de carence en vitamine D, particulièrement en raison de leur faible exposition solaire. La carence en vitamine D favorise le développement d’une HTA par l’activation du système rénine-angiotensine-aldostérone. D’après le communiqué de l’ESC, une analyse de l’étude de Framingham montre qu’une carence modérée en vitamine D double le risque d’infarctus, d’AVC et d’insuffisance cardiaque sur 5,4 ans chez les hypertendus [2]. La Nurses Health Study observe aussi que de faibles taux circulants de vitamine D sont indépendamment associés au risque accru d’hypertension : les femmes ayant les taux les plus bas ont une incidence d’HTA majorée de 66 % par rapport aux femmes qui ont les taux les plus élevés [3].
Références
1. Alpérovitch A, Lacombe J-M, Hanon O et coll. Relationship Between Blood Pressure and Outdoor Temperature in a Large Sample of Elderly Individuals : The Three-City Study. Arch Intern Med 2009 ;169:75-80.
2. Wang TJ, Pencina MJ, Booth SL et coll. Vitamin D deficiency and risk of cardiovascular disease. Circulation 2008 ;117 : 503-11.
3. Forman JP, Curhan JC, Taylor EN. Plasma 25-hydroxyvitamin D levels and risk of incident hypertension among young women. Hypertension 2008 ;52:828-32. |