La variation de fréquence cardiaque sur 5 ans prédit la mortalité
7 janvier 2009 :
Paris, France - Dans une étude évaluant le pronostic selon la variation de la fréquence cardiaque, l’équipe du Pr Xavier Jouven (Hôpital Européen Georges Pompidou, Paris) établit une relation entre l’augmentation de la fréquence cardiaque (FC) sur cinq ans et un accroissement de la mortalité en population masculine d’âge moyen dans un travail publié dans American Journal of Cardiology [1].
Dans la cohorte masculine des 5000 policiers parisiens, les auteurs observent que la FC de repos et son évolution sur cinq ans sont des facteurs prédictifs de décès, indépendamment des autres facteurs de risque cardiovasculaire habituels. La mortalité augmente de 20 % chez les hommes dont la FC augmente de 3 bpm par rapport à ceux dont la FC reste stable.
La mortalité augmente de 20 % chez les hommes dont la fréquence cardiaque augmente de 3 bpm par rapport à ceux dont la fréquence cardiaque reste stable.
Une FC de base élevée était déjà reconnue comme un facteur de mortalité augmentée. Ce travail de la Paris Prospective Study va plus loin en montrant que l’augmentation de FC, en soi, est également péjorative. Le pronostic est à prendre en compte au-delà de la FC de repos et des facteurs de risque classiques. Les hommes ayant le meilleur pronostic sont les sujets à FC basse au départ et qui le reste par la suite au cours du suivi.
L’étude prospective a suivi 5139 policiers asymptomatiques âgés de 42 à 53 ans recrutés entre 1967 et 1972. Leur fréquence cardiaque était mesurée de manière standardisée tous les cinq ans. Le changement de fréquence cardiaque était la différence entre l’examen N° 5 et l’inclusion dans la cohorte. La population a été divisée en trois groupes :
• Diminution de la FC > 4 bpm ;
• FC inchangée (de -4 à +3 bpm) ;
• Augmentation de la FC >3 bpm.
Un stress vasculaire augmenté
Après ajustement sur les facteurs de confusion incluant la FC de base, les sujets dont la FC diminue ont un risque de décès diminué de 14 % avec un intervalle de confiance à la limite de la significativité (RR 0.86, IC à 95 % = 0,74-1,00 ; p = 0,05) alors que les individus ayant une FC en hausse ont un risque de décès augmenté de 19 %. (RR 1.19, IC à 95% = 1,04-1,37 ; p < 0,012).
Nous avons observé que la variation de FC sur 5 ans donne des informations supplémentaires à la FC de repos et les facteurs de risque usuels, et c’est un facteur prédictif indépendant de décès chez les hommes d’âge moyen - Les auteurs
Compte-tenu des caractéristiques de la cohorte, les résultats ne sont pas extrapolables à la population féminine ou une population moins sélectionnée ou plus récente.
En tout cas, ces données sont cohérentes avec des études épidémiologiques antérieures. Une FC élevée pourrait augmenter le stress sur les parois vasculaire et le travail du cœur. Néanmoins, elle aurait pu témoigner d’une insuffisance cardiaque asymptomatique à l’inclusion.
L’échocardiographie n’était pas disponible lors de l’initiation de l’étude. Reste que les caractéristiques des sujets, jeunes policiers en bonne santé, suggèrent que la prévalence de l’insuffisance cardiaque est basse et ne modifierait pas les résultats de l’étude.
La prochaine étape est de voir si une intervention destinée à ralentir la fréquence cardiaque peut se traduire par une baisse de la mortalité.
« Nous avons observé que la variation de FC sur cinq ans donne des informations supplémentaires à la FC de repos et les facteurs de risque usuels, et c’est un facteur prédictif indépendant de décès chez les hommes d’âge moyen » écrivent les auteurs. Il est probable que les sujets à FC basse sont ceux qui ont une activité physique régulière continue au cours des cinq années de suivi. Leur IMC est d’ailleurs le plus bas dans la cohorte. La prochaine étape est de voir si une intervention destinée à ralentir la FC peut se traduire par une baisse de la mortalité.
...mais une étude norvégienne jette un froid
Dans une cohorte de près de 400 000 sujets des deux sexes de 40-45 ans suivis pendant 12 ans, des auteurs norvégiens trouvent certes une relation entre la FC et la mortalité mais le lien est plus modeste [2]. Surtout, la fréquence cardiaque n’apparaît pas comme un facteur indépendant de pronostic. Car, en ajustant sur les facteurs de risque, l’association positive entre FC et mortalité est fortement diminuée.
La fréquence cardiaque est un marqueur de risque CV, mais n’est pas un facteur de risque indépendant - Dr Tverdal (Oslo, Norvège)
Au total 180 353 hommes et 199 490 femmes âgés de 40 à 45 ans dont 379 843 patients non diabétiques et indemnes d’antécédent cardiovasculaire ont été inclus dans l’étude. Le travail met en évidence une relation graduelle entre la FC et la mortalité globale ainsi que la FC et les décès cardiovasculaires, les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux. L’ajustement selon les facteurs de risque temporise la force de l’association. Le risque relatif de décès entre le groupe des patients ayant une FC > 95 bpm ou < 65 bpm recule de 3,14 à 1,82 pour les hommes (intervalle de confiance à 95 % [1,62 ; 2,04]) et de 2,14 à 1,37 pour les femmes (IC à 95 % [1,19 ; 1,59]) après ajustement. Lorsque l’on s’intéresse aux MCV, la force de l’association passe de 4,79 à 1,51 chez les hommes (IC à 95 % [1,21 ; 1,87]) et de 2,68 à 0,78 chez les femmes (IC à 95 % [0,53 ; 1,15]). L’équipe de Tverdal (The Norwegian Institute of Public Health, Nydalen, Oslo, Norvège) en conclut que « la fréquence cardiaque est un marqueur de risque cardiovasculaire, mais n’est pas un facteur de risque indépendant ».
Références
1. Jouven X, Empana JP, Escolano S et coll. Relation of heart rate at rest and long-term (>20 years) death rate in initially healthy middle-aged men. Am J Cardiol 2008 ;15;103(2):279-83.
2. Tverdal A, Hjellvik V et Selmer R. Heart rate and mortality from cardiovascular causes : a 12 year follow-up study of 379 843 men and women aged 40-45 year. Eur Heart J 2008 29(22):2772-81. |