La santé des plus de 80 ans sous surveillance
9 avril 2008 :
Les populations âgées de plus de 80 ans peuvent éviter les risques d’accident vasculaire en suivant un traitement contre l’hypertension.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À CHICAGO
« Il n’est jamais trop tard pour commencer un traitement contre l’hypertension. » Françoise Forette milite toujours pour une meilleure prise en charge de la santé des seniors. La gérontologue française, spécialiste des maladies neurodégénératives, s’intéresse désormais à une autre pathologie de l’âge : les accidents vasculaires cérébraux. « Un AVC est souvent un drame total. Du jour au lendemain, il peut faire basculer une personne en bonne santé dans la dépendance », estime la chercheuse, qui a supervisé la partie française d’une étude internationale portant sur la santé des hypertendus de plus de 80 ans.
Les résultats de cette enquête, baptisée Hyvet (1) ont été présentés à l’American College of Cardiology (ACC) à Chicago. Ils confirment l’intérêt d’un traitement par anti-hypertenseur pour cette tranche d’âge de plus en plus nombreuse et finalement assez mal connue. « Le but de cet essai de grande envergure était de quantifier le rapport bénéfice risque d’un traitement anti-hypertenseur chez des populations très âgées. Nous n’avions pas de données fiables dans ce domaine », confirme le professeur Christopher Bulpitt de l’Imperial College de Londres, qui a coordonné les travaux. « C’est d’autant plus important que près de 65 % des plus de 85 ans ont une tension trop élevée », ajoute le professeur Stevo Julius, spécialiste de l’hypertension à l’université Ann Arbour du Michigan. Selon ce médecin, ces travaux sont d’autant plus importants que « les accidents vasculaires sont la première cause de handicap aux Etats-Unis ».
L’empire du gras
Outre-Atlantique, la lutte contre ces maladies cardio-vasculaires prend désormais l’allure d’une croisade contre un ennemi connu de tous et visible dans toutes les rues : l’empire du gras. Un adversaire sournois qui fait son lit sur deux travers de la culture américaine : l’obésité et l’inactivité. Au cours de l’ACC, un livre et un site Web ont été lancés par les cardiologues états-uniens pour sensibiliser le grand public à ces dangers. Courageusement, les médecins américains n’hésitent pas à utiliser un slogan que la plupart de leurs compatriotes auront du mal à accepter : « Un demi- sandwich et une soupe, ça suffit. »
En fait, les portions alimentaires servies dans les restaurants américains ont connu un enrichissement calorique spectaculaire au cours des vingt dernières années. La portion moyenne de frites est passée de 210 à 610 kcal et le hamburger type affiche 590 kcal contre 333 kcal il y a vingt ans. Un repas rapide classique (hamburger + frites + soda) frôle donc les 1.500 kcal. « C’est le plus grand problème des années à venir. Une véritable bombe à retardement », remarque le professeur français Jean-Charles Fruchart, spécialiste des mécanismes de l’athérogénèse dans les vaisseaux.
Selon cet homme du Nord, qui parle volontiers le ch’timi et bien connu pour ses travaux sur la génétique de l’obésité : « Si on ne fait rien, les systèmes de santé vont tous sauter. » Pour l’Américain d’origine croate Stevo Julius, ces problèmes de surpoids sont avant tout « une affaire de gènes ». « Certains d’entre nous ont les bons gènes qui leur font brûler les calories qu’ils avalent. D’autres ne les ont pas et stockent. Ce sont les gènes qui commandent. »
Les résultats de l’étude Hyvet confirment l’intérêt d’un traitement préventif de l’hypertension chez les plus de 80 ans. « Le gain est de 21 % pour la mortalité, de 30 % pour les accidents vasculaires et 64 % pour les infarctus fatals ou non. A chaque fois que l’on traite 40 patients, on gagne une vie », affirme le docteur Nigel Beckett, gériatre à l’Imperial College. « On savait qu’on réduirait la fréquence des AVC, mais on ne savait pas trop ce qu’il fallait faire avec ces populations. Grâce à cette enquête, nous avons la confirmation que les effets secondaires liés aux médicaments sont limités et donc acceptables. Les essais cliniques sur des populations âgées posent des problèmes éthiques très aigus », précise Françoise Forette.
100.000 kilomètres
Pour l’instant, ces traitements semblent donc être la meilleure solution pour limiter les effets du vieillissement. Le corps humain est parcouru par un réseau d’artères, de veines et de capillaires dont la longueur totale est proche de 100.000 kilomètres. Avec le temps, les parois de ces tuyaux s’épaississent et deviennent rigides. Parallèlement, la tension artérielle systolique croit régulièrement avec l’âge. De l’ordre de 130 mmHg à la trentaine, elle peut dépasser les 200 mm de mercure chez certains groupes à risque de plus de 80 ans. En France, 60 % des hypertendus reçoivent un traitement, mais seulement 30 % d’entre eux répondent aux objectifs recommandés (2).
Reste désormais à intégrer ces résultats positifs dans les pratiques médicales. Reste aussi à comprendre les raisons génétiques, environnementales ou comportementales à l’origine de cette fragilisation des vaisseaux. Une enquête publiée à Chicago a montré que certains sportifs retraités devenaient très sensibles aux accidents vasculaires. Selon les travaux de la clinique Mayo (Rochester), les anciens professionnels de la National Football League (NFL) ont un risque de développer une maladie cardio-vasculaire supérieur à la moyenne. Près de 82 % de ces anciens champions de haut niveau (âgés aujourd’hui de 35 à 65 ans) présentent des rétrécissements des artères préoccupants. Ils sont également plus sensibles à l’obésité, aux apnées nocturnes et présentent un syndrome métabolique anormal. Les experts de l’hôpital américain en concluent que la pratique intensive d’un sport ne protège pas forcément contre les outrages du temps.
ALAIN PEREZ
(1) L’enquête Hyvet a porté sur 3.845 patients d’un âge moyen de 83,5 ans avec une pression systolique moyenne de 173 mm de Hg. L’essai en double aveugle a été conduit contre placebo. Une partie de la file active était traitée par un anti-hypertenseur diurétique à effet retard (indapamide) et l’autrepar deux produits (indapamide+perindropil).
(2) 140 mmHg ou moins si le traitement anti-hypertenseur est bien supporté et 130 mmHg pour les malades à très haut risque. |